Comme ces peintres maudits que les sanglots fécondent,
Je puisais dans mes pleurs l'énergie pour partir,
Je m'en allais voguant, loin des rives du monde,
Irrésistiblement porté par mon délire.
Fuyant, comme à regret, la ville nauséabonde,
Ses amours adultères et ses nuits de plaisirs,
Légère et libérée, ma flamme vagabonde
S'affranchissait dès lors, des sens, son empire.
J'abandonnai foyer, je quittai mes amis,
Je laissai derrière moi des souvenirs amers,
J'errai désabusé sur les quais endormis
Comme ces marins restés bien trop longtemps à terre.
J'avais besoin d'espace, d'océans infinis
Et d'horizons lointains où le regard se perd,
Où l'âme se dilate quand les nuits d'insomnie
Exaltent les esprits et apaisent la chair.
Avec pour seules limites le vide sidéral
Et ultime musique les ondes cristallines,
J'appareillai enfin par un froid vespéral,
En larguant d'un coup sec l'oiseuse balancine.
Je glissai dans la nuit et bordant le chenal
Des perches sentinelles, gardiennes opalines,
Jaillissaient des flots noirs comme feraient des narvals
Saluant mon départ de leur corne orpheline.
Quand vint l'aube s'étirant, froide au petit matin,
Dont mes yeux asséchés, douloureux, irrités
De la morsure du vent et des embruns salins,
Qui des cieux, qui des flots, démêlaient les clartés,
Las, je faisais la mer comme d'autres font chemin,
Enjambant d'un bon pas la houle déchiquetée,
Arpentant l'onde claire comme un vieux pèlerin
Martelant le pavé de ses souliers cloutés.
Je contemplai l'étrave de mon vaisseau lunaire
Ses grandes ailes blanches aux lignes hyperboles,
Les embruns se ruant sur le pont solitaire
Explosant dans le ciel comme une girandole.
J'étais ce fier oiseau qui dansait dans les airs,
Aux voiles immaculées, aux pennes vélivoles,
Ce prince des nuées que chante Baudelaire
Maladroit, presque honteux quand il prend son envol.
Mes hôtes étaient les mouettes, celles qu'on croit rieuses,
Mes compagnons des thons aux reflets scintillants,
Mon horizon la crête des vagues monstrueuses,
Mon âtre l'astre solaire au levant rougeoyant.
En déchirant les limbes de la nuit silencieuse,
Rêvant de conquérir l'océan terrifiant,
Je fus paralysé d'une torpeur impérieuse
Par les milliers d'étoiles crevant le firmament.
L'appel du large
Inscription à :
Publier les commentaires (Atom)
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire