Nous voilà arrivés au terme du voyage,
Nos chemins se séparent après s'être croisés,
Tu continues ta route dans des vallons boisés,
Je me retrouve seul au bord de notre plage.
L'océan devant moi s'étend à l'infini,
Son azur mystérieux se dissout dans les cieux,
J'entends dans le ressac un appel silencieux,
Puissant et si tonique, j'en aurais rajeuni.
Une indicible angoisse, profonde et souterraine,
Me lamine le cœur, paralysant ma chair.
Des doutes insidieux jaillissent comme un éclair,
Je ne suis plus certain de ces rives lointaines.
Toutes choses, sans toi, perdent de leur attrait.
L'avenir mythique que j'y voyais radieux,
Je le vois à présent, triste et ennuyeux,
Aussi indéchiffrable qu'un gribouillage abstrait.
Je suis là immobile, je ne sais plus que faire,
Les vagues de l'océan me caressent les pieds,
Une froide humidité me saisit, asphyxié,
J'étouffe et je me meurs, en moi s'ouvre l'enfer.
Je n'ai plus d'horizon, aveuglé par tes cimes,
Le monde d'ici-bas me paraît monotone,
Et sans être obligé de prier la madone,
Je ne veux plus aimer si ce n'est pas sublime.
Tu m'as laissé partir sans même te retourner,
Tu n'as pas désiré affronter mes tempêtes,
Ni voulu être reine et fleur de mes conquêtes,
Ni la tendre complice de mes amours damnées.
Je vais, seul et amer, continuer à vieillir,
Attendre la faucheuse, perdu dans mes pensées,
Sans toi, qui pour l'instant, de l'oubli insensé
Des ravages du temps, pouvait s'enorgueillir.
Agonie océane
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