Rêveries

La nuit s’en est allée, déjà pointe l’aurore,
Les dernières étoiles vont bientôt nous quitter,
Quelques frissons glacés me parcourent le corps,
Il commence à faire froid, c’est la fin de l’été.

D’un geste machinal, je repousse mes draps,
Livides comme ces linceuls dont on couvre les morts,
Triste de n’avoir pas pu te serrer dans mes bras,
Je cherche sous la douche un peu de réconfort.

Je suis nu sur mon lit, au sortir de mon bain,
Je m’y suis allongé et sans m’être essuyé,
Des gouttes d’eau nacrées ruissellent de mes mains
Et font des auréoles sur les draps blancs mouillés.

Et mes yeux égarés, dans un état second,
Encore prisonniers des affres du sommeil,
Regardant vaguement en rêvant le plafond,
Sont comme hypnotisés par un obscur soleil.

J’ai l’âme abandonnée, désabusée, blessée,
Je me laisse emporter par quelques rêveries,
Je voyage hébété au gré de mes pensées
Et je me remémore nos tendres causeries.

Tu ne rêves que d’eau douce, je t’offre des tempêtes,
Des vagues déferlantes sur des plages dorées,
Des courants pélagiques, des rêves de conquête,
Des horizons lointains, des contrées épicées.

Mais tout cela t’effraie. Tu cherches les eaux paisibles,
Ô combien rassurantes, d’une mer endormie,
Aux grèves accueillantes, aux élans prévisibles,
Tu ne veux pas attendre de vaines accalmies.

Capitaine avisé d’un fin et frêle esquif,
Et n’espérant jamais du monde aucun secours,
Tu redoutes plus que tout d’échouer sur mes récifs,
D’être alors emportée par les flots de l’amour.

Et avec toute la rage qui saisit les noyés,
Tu t’agrippes des deux poings à de vieilles certitudes,
Qui, loin de t’apaiser, peuvent te fourvoyer,
Qui ne font naître en fait que plus d’incertitudes.

J’ai longtemps navigué sur ces canaux gelés
Dont la tranquillité recèle bien des dangers,
J’ai souvent entendu leurs berges craqueler,
J’ai affronté cent fois leurs torrents mensongers.

Méfies-toi mon amour que la sérénité
Ne transforme tes croisières en tristes cabotages,
Que ce que tu croyais n'être qu'un beau lac d’été
Ne devienne bientôt un trouble marécage.

La tourbe envase souvent le plus beau des rivages
Où tu ne pourrais plus alors que patauger,
Toi qui rêvais toujours d’en arpenter les plages
Dans les vagues desquelles tu espérais nager.

Le temps perfide s’écoule inéluctablement,
On ne se baigne jamais deux fois dans la même eau,
J’ai largué les amarres, j’ai hissé le gréement
Rejoins-moi au plus vite à bord de mon vaisseau.

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